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Les plantes dépolluent-elles vraiment l’air intérieur ?

Par La rédaction BEAUX JOURS · Mis à jour le

Non, pas dans un logement ordinaire. En laboratoire, dans une enceinte fermée, les plantes absorbent bien certains polluants. Mais une revue de douze études publiée en 2019 par l’université Drexel a calculé qu’il faudrait de 10 à 1 000 plantes par mètre carré pour égaler une simple ventilation. Aérer chaque jour reste le geste efficace.

D’où vient l’idée des plantes dépolluantes

Tout part d’une étude de la NASA, en 1989. L’agence cherchait comment assainir l’air d’une station spatiale, où l’on n’ouvre pas de fenêtre. Ses chercheurs ont placé des plantes en pot dans de petites chambres hermétiques, y ont injecté des polluants comme le formaldéhyde ou le benzène, puis ont mesuré leur concentration au fil des heures. Elle baissait.

Ces résultats sont exacts, mais ils valent pour une boîte fermée. De là sont nées les listes de « plantes dépolluantes » : chlorophytum, sansevière, spathiphyllum, dracaena, ficus. Elles reprennent les espèces testées, sans dire dans quelles conditions. Pour choisir une plante d’après la lumière de la pièce plutôt que d’après ces listes, voyez notre guide des plantes d’intérieur.

Une partie de l’effet observé ne vient d’ailleurs pas des feuilles. Les micro-organismes qui vivent dans la terre du pot, autour des racines, participent aussi à la dégradation de certains COV.

Ce que disent les études en conditions réelles

Dans une maison, l’air se renouvelle en permanence par la ventilation, les portes et les fenêtres. C’est ce qui manquait aux expériences en chambre fermée.

En 2019, Bryan Cummings et Michael Waring, chercheurs en ingénierie environnementale à l’université Drexel, à Philadelphie, ont repris douze études publiées sur une trentaine d’années. Ils ont converti leurs résultats en débit d’air purifié, la mesure qu’on utilise pour comparer des purificateurs. Leur conclusion, parue dans le Journal of Exposure Science and Environmental Epidemiology : il faudrait de 10 à 1 000 plantes par mètre carré de sol pour égaler le renouvellement d’air d’un bâtiment, ou même de deux fenêtres ouvertes.

En France, les travaux étaient arrivés au même constat. En 2010, l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur jugeait faibles les rendements d’épuration des plantes en pot mesurés dans des espaces réels. En septembre 2011, l’Ademe a publié un avis selon lequel l’argument « plantes dépolluantes » n’est pas validé scientifiquement aux niveaux de pollution habituels des logements.

Ce que disent les principales études sur les plantes dépolluantes

SourceAnnéeConditionsConclusion
NASA (B. C. Wolverton)1989chambres fermées, sans renouvellement d’airbaisse de certains COV en quelques heures
Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI)2010synthèse des essais en espaces réelsrendements d’épuration faibles
Ademe, avis2011niveaux de pollution habituels des logementsallégation non validée scientifiquement
Cummings et Waring, université Drexel2019revue de 12 études, recalcul en débit d’air purifié10 à 1 000 plantes par m² pour égaler une ventilation ordinaire

Comment assainir vraiment l’air de son logement

L’Ademe le rappelle sur son site Agir pour la transition : la façon la plus efficace de renouveler l’air d’un logement est d’ouvrir grand les fenêtres, chaque jour, été comme hiver. Quelques gestes suffisent.

  1. Ouvrez grand les fenêtres 5 à 10 minutes par jour. Fenêtres grandes ouvertes, l’air se renouvelle sans refroidir les murs.
  2. Créez un courant d’air. Avec des fenêtres sur deux façades, l’Ademe indique que l’air peut se renouveler en 2 à 5 minutes.
  3. Aérez la chambre juste avant de vous coucher, la salle de bains après la douche et la cuisine après une cuisson à l’eau.
  4. Continuez d’aérer pendant un pic de pollution. Choisissez le moment où l’air extérieur est le moins pollué, mais ouvrez quand même : sinon, les polluants intérieurs s’accumulent.
  5. Ne bouchez jamais les bouches d’aération et nettoyez-les de temps en temps.
  6. Réduisez les sources : bougies et encens, produits ménagers parfumés, peinture fraîche dans une pièce fermée.

Aérer dilue les polluants sans les supprimer : limitez d’abord ce qui les émet.

Alors, pourquoi garder des plantes chez soi ?

Pour le plaisir de vivre avec : du vert, du volume, quelque chose qui pousse. À condition de ne pas lui demander de remplacer la fenêtre ouverte.

Le ficus elastica, le ficus lyrata et le kentia figurent souvent dans les listes de « plantes dépolluantes ». Ce sont surtout des plantes d’appartement qui durent des années si on respecte leur lumière.

Nos trois plantes d’intérieur, d’après les fiches BEAUX JOURS (octobre 2026)

PlanteNom latinLumièreTempératureTailles livrées (cm)AnimauxPrix
Ficus elastica (caoutchouc)Ficus elasticavive, à 1 ou 2 m d’une fenêtre18 à 24 °C, 12 °C minimum55 ou 140toxique s’il est mâchédès 35,95 €
Kentia (palmier d’intérieur)Howea forsterianaindirecte, supporte la mi-ombre12 °C comme seuil de confort90 ou 150réputé non toxiquedès 50,95 €
Ficus lyrata (figuier lyre)Ficus lyratavive, à moins de 2 m d’une grande fenêtre18 à 27 °C, au-dessus de 15 °C80 ou 150légèrement toxiquedès 31,95 €

Le kentia est le plus accommodant : notre fiche le place à 1 à 3 m d’une fenêtre, et il garde ses palmes vertes là où beaucoup de plantes s’étiolent. Il est aussi le seul des trois réputé non toxique pour les chats et les chiens.

Les deux ficus ont une sève blanche, le latex, qui irrite la peau. Portez des gants pour les tailler, et placez-les hors de portée des jeunes enfants et des animaux qui mâchonnent les feuilles. Pour le ficus lyrata, notre fiche insiste sur un point : une fois sa place trouvée, ne le déplacez plus, il répond à chaque changement de lumière en perdant des feuilles.

Dans une pièce sans lumière du jour, nos grandes plantes artificielles prennent le relais, sans arrosage.

Les erreurs fréquentes

  • Compter sur les plantes et moins aérer. Les polluants s’accumulent, la condensation apparaît sur les vitres, puis les moisissures dans les angles. Ouvrez les fenêtres chaque jour, plantes ou pas.
  • Laisser la terre détrempée. Une terre toujours humide favorise les moisissures en surface du pot, et les racines pourrissent. Laissez-la sécher sur 3 à 5 cm entre deux arrosages et videz la soucoupe au bout de 15 minutes.
  • Laisser la poussière sur les feuilles. Les feuilles des ficus ternissent et captent moins la lumière. Passez-y une éponge douce une fois par mois, comme l’indique notre fiche du ficus elastica.
  • Choisir sa plante sur une liste « dépolluante » plutôt que sur la lumière de la pièce. Un ficus lyrata dans un couloir sombre perd ses feuilles en quelques semaines. Partez de la lumière, puis choisissez l’espèce.

Questions fréquentes

Quelle plante est dépolluante pour l’air ?

Aucune plante d’intérieur ne dépollue l’air d’un logement de façon mesurable. Les espèces citées, chlorophytum, sansevière, spathiphyllum ou ficus, ont absorbé des polluants dans des enceintes fermées en laboratoire. Dans une pièce habitée, l’air se renouvelle beaucoup plus vite. Choisissez votre plante d’après la lumière, et aérez 5 à 10 minutes par jour.

Est-il bon de dormir avec des plantes dans la chambre ?

Oui, quelques plantes dans une chambre ne posent pas de problème. La nuit, une plante respire et rejette un peu de dioxyde de carbone, en quantité négligeable à côté de celle d’un dormeur. Le geste utile reste ailleurs : l’Ademe conseille d’aérer la chambre juste avant de se coucher. Évitez seulement une terre détrempée, propice aux moisissures.

Combien de plantes faut-il pour purifier l’air d’une pièce ?

Pour purifier l’air d’une pièce, il faudrait bien trop de plantes. En 2019, deux chercheurs de l’université Drexel ont recalculé douze études : de 10 à 1 000 plantes par mètre carré de sol pour égaler une ventilation ordinaire. Une pièce de 15 m² en demanderait au moins 150, pour un effet que deux fenêtres ouvertes obtiennent en quelques minutes.

La terre des plantes peut-elle polluer l’air intérieur ?

Oui, la terre des plantes peut polluer l’air intérieur si elle reste humide en permanence : elle abrite alors des moisissures, qui peuvent provoquer allergies et irritations chez les personnes sensibles. Laissez sécher la surface entre deux arrosages, videz la soucoupe et retirez les feuilles mortes tombées sur le pot. Un terreau drainant limite le problème.

Et ensuite ?

Pour composer votre intérieur pièce par pièce, reprenez notre guide des plantes d’intérieur. Pour une pièce sans fenêtre, nos conseils pour reconnaître une plante artificielle réaliste. Et pour une installation, nos idées de cadeau de crémaillère.